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05/05/2022
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Récapitulatif de la semaine 18

 

LE MAGICIEN JEROME POWELL

Le scénario tant honni ces dernières semaines par les investisseurs s’est bien réalisé : la Fed a remonté de 0,50 point ses taux directeurs… une première depuis plus de vingt ans ! La réaction des marchés fut quasi unanime, puisque l’ensemble des indices US, Nasdaq 100 en tête, ont… favorablement réagi à l’annonce ! Pourquoi ? En écartant la perspective d’un relèvement encore supérieur (75bp), le président de la Fed a soufflé un vent de soulagement, tout du moins provisoire, dans les salles de marché. Exit la perspective d’un resserrement monétaire trop agressif et donc récessif, place à une crédibilité retrouvée pour la Réserve fédérale. En d’autres termes, les opérateurs saluent la communication du magicien Jerome Powell qui est parvenu à rassurer sur la maîtrise de l’inflation par l’institution, tout en limitant les craintes d’une entrée en récession. Pour la première fois depuis de nombreuses séances, le dollar a baissé face à l’euro… comme une suite logique des mouvements constatés sur le marché obligataire, les taux à 2 ans américains s’offrant une baisse assez nette (-12bp) à la suite de la conférence.
Que retenir des mots doux susurrés par Jerome Powell à l’oreille des marchés ? Le président de la Fed a confirmé sa volonté d’opérer un retour rapide vers « une politique monétaire neutre ». Un qualificatif tout sauf anodin tant il semble traduire la volonté de ménager la chèvre (inflation) et le chou (croissance). Il a par ailleurs tenu un discours rassurant quant à la résilience de la croissance, à la faveur d’un investissement toujours très dynamique des entreprises (il est vrai, bien visible dans les chiffres), d’une santé toujours bonne des entreprises et de niveaux d’épargne et de revenus toujours élevés. Bien sûr, la maîtrise de l’inflation reste le facteur prépondérant dans l’esprit de la Banque centrale. Nombre d’éléments plaident pour un pic d’inflation déjà atteint aux Etats-Unis, et les prochaines données s’annoncent cruciales pour confirmer l’embellie des principaux indices du pays de l’Oncle Sam. Pour la première fois depuis plusieurs mois, la Fed ne semble plus courir derrière l’inflation, et cela pourrait limiter les sanctions quant aux niveaux de valorisation des titres croissance (comprendre capables de performer indépendamment du cycle économique).
 

LA CROISSANCE AMÉRICAINE SE PORTE BIEN…

La publication des chiffres de la croissance américaine du T1 2022 ont eux aussi fait l’effet d’un choc. L’Oncle Sam serait-il entré en récession ? Alors que le consensus des analystes tablait sur une croissance faible mais positive (1%), le PIB au premier trimestre est sorti le 28 avril en recul de 1,4% en rythme annualisé. Un chiffre qui contraste notamment avec celui du T4 2021… qui était en hausse de 6,9% ! Peut-on pour autant parler de récession ? Le diable est dans les détails… Tout d’abord, la définition américaine de la récession coïncide avec un ensemble de facteurs : « une baisse significative répandue dans l’ensemble de l’économie qui dure plus que quelques mois et qui affecte à la fois le PIB, les revenus, la production industrielle, l’emploi, les revenus et le commerce de gros et de détail ». Or, dans cette liste d’indicateurs, seule la composante commerciale a connu un ralentissement notable (faiblesse des exportations dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale et de hausse du dollar). L’emploi, la consommation des ménages, et la production n’ont pas connu de recul marqué durant le début d’année 2022. Le commerce explique ce recul du PIB : le déficit commercial américain a creusé le PIB de 320 points de base au T1 2022. Un simple effet conjoncturel donc, quand la majorité des composants du PIB restent favorablement orientés (et notamment la sacrosainte santé du consommateur US). A suivre…

L'EUROPE TOUJOURS SOUS LE JOUG DE L'INFLATION…

En coupant le robinet de gaz à la Pologne et à la Bulgarie en avril, la Russie a rappelé avec force et fracas sa capacité de nuisance aux Etats membres de l’Union Européenne. Les pays européens se torturent toujours autant les méninges en cherchant à diversifier leurs sources d’approvisionnement en gaz naturel depuis plusieurs semaines. Des efforts qui ont cependant un prix… aussi bien à court terme (trouver d’autres fournisseurs de gaz) qu’à long terme (réduction de la dépendance énergétique, transition écologique). Avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête, les dirigeants européens font désormais face à un dilemme : céder aux demandes de Vladimir Poutine en acceptant d’acheter du gaz russe en roubles, ou risquer de faire face à d’importantes pénuries dès l’hiver prochain. Comme un symbole de ce dilemme cornélien, l’impact d’une coupure globale des robinets russes pourrait provoquer une baisse, selon les économistes, de 6,5 points de PIB pour la zone euro (dont une partie importante de la production industrielle devrait être mise à l’arrêt en faveur des ménages). Le positionnement global de l’Europe dépend (cette fois encore) de celui de l’Allemagne. Un pays fortement exposé au gaz russe… mais qui ne souhaite pas courber l’échine face à Poutine. La volatilité des prix de l’énergie a de beaux jours devant elle… Les perspectives des sociétés exposées à la transition énergétique aussi !

 

Sources : WiseAM, Les Echos, Investing, L'Express, Investir Les Echos, Capital, Wikipédia, Zone Bourse, Public Sénat
Crédits images : Gettyimages
Achevé de rédiger le 05/05/2022