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12/05/2022
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Récapitulatif de la semaine 19

 

QUAND LES SERVICES PRENNENT LE RELAIS…

Bien sûr, l’inflation a marqué le pas… La nouvelle n’a pas pour autant été accueillie avec la plus grande bienveillance par les opérateurs de marché. Et pour cause : celle-ci continue d’évoluer outre-Atlantique sur des niveaux élevés. L’accélération séquentielle de la partie sous-jacente (+0,6%) appelé « CPI Core » (Indice des Prix de Base à la Consommation, mesurant les variations des prix des biens et des services hors alimentation et l’énergie) fait en effet craindre aux économistes que l’inflation s’installe durablement sur des niveaux élevés. En d’autres termes, la théorie selon laquelle l’inflation globale se tasserait à la faveur d’un effet de base favorable (contribution moindre des matières premières) vient de perdre en consistance puisqu’un autre pan serait en train de prendre le relais… Contrairement à l’année dernière, les services contribuent en effet nettement à l’inflation, depuis que les ménages américains ont reporté une partie de leur consommation de biens vers les « victimes » de la crise sanitaire (hôtellerie, restauration…). Après une inflation perçue comme transitoire puisque davantage due à un choc d’offre (goulots d’étranglements), l’effet demande semble désormais l’emporter… Le risque additionnel est désormais que les entreprises subissent le ralentissement de la demande de biens, et peinent en ce sens à passer de nouvelles hausses de prix alors qu’elles continuent de subir les effets des chocs d’approvisionnement.

En toute logique, la publication de ces chiffres aurait dû nourrir une hausse supplémentaire des taux souverains du pays de l’Oncle Sam. C’est d’ailleurs la dynamique qui fut constatée dans la demi-heure qui suivit la publication du chiffre. Pourtant, les taux longs US n’ont ensuite eu de cesse de baisser pour atteindre même un niveau inférieur à celui qui prévalait avant publication.

Pourquoi ? Les investisseurs ont-ils choisi de privilégier le chiffre global, qui traduisait un net ralentissement de la spirale inflationniste ? Ils ont probablement davantage déjà anticipé les conséquences éventuelles que pourrait avoir un resserrement monétaire sur la croissance. Signe supplémentaire que le pilotage de la politique monétaire relève en cette période davantage du travail d’orfèvre, l’un des membres les plus « hawkish » de la Fed a finalement tenu le soir même un discours pas si vindicatif… Le président de la Fed de Saint Louis, James Bullard, qui avait été le premier à évoquer cette hausse de 0,75% qui fait peur à tous les investisseurs, a cette fois-ci affirmé que plusieurs hausses de 0,50% des taux directeurs « suffiront »… Une évolution de discours qui conforte selon nous la perspective d’une accalmie prochaine des révisions haussières des analystes quant au durcissement de la politique monétaire de la Banque centrale US.

PENDANT CE TEMPS, AU PAYS DU SOLEIL LEVANT…

L’euro n’est pas la seule devise à se déprécier fortement face à « Maître Dollar ».

Depuis le début de l’année, la parité Yen / USD s’affiche ainsi en recul de près de -10%… Le yen a ainsi atteint un niveau qui n’avait pas été vu depuis 20 ans sur le marché des changes ! Une telle baisse trouve évidemment sa source dans l’écart grandissant entre les politiques monétaires menées de part et d’autre de l’océan Pacifique, sur fond de rebond de la croissance américaine et d’accélération de l’inflation. A contre-courant des politiques monétaires menées ailleurs dans le monde, la BoJ estime que les conditions ne sont pas réunies pour opérer un resserrement de la politique ultra accommodante en vigueur dans le pays.

Par ailleurs, si la faiblesse de la devise est perçue comme une opportunité pour la vigueur des exportations au Pays du Soleil Levant, elle pose surtout un problème du côté des importations, notamment de matières premières. La BoJ ne peut plus faire le nécessaire pour soutenir le yen sans plonger l’économie en crise. De son côté, l’inflation (+1,2% sur un an à fin mars) est moins importante que dans les économies occidentales. Son niveau actuel est perçu comme bénéfique compte tenu du niveau de la dette publique (266% du PIB à fin 2020). Toute ressemblance avec une autre zone économique ne serait que fortuite…

En d’autres temps, les pays du G5 ont su mettre en place une stratégie commune destinée à lisser la volatilité du marché des changes (Accords du Plaza en 1985, qui mobilisèrent pas moins de cinq gouvernements pour vendre le dollar de manière agressive et soutenir notamment le yen ou le mark allemand).

Le Japon ne peut pas compter sur l’aide américaine, puisque l’administration Biden n’a aucun intérêt à orchestrer un affaiblissement intentionnel du dollar susceptible d’aggraver ses problèmes de prix (une dévaluation étant susceptible de renchérir les coûts à l’import). Une intervention non concertée n’aurait que peu de chances de se montrer efficace… et pourrait même se retourner contre eux en provoquant l’effet inverse en déclenchant une chute plus prolongée du yen. Longtemps, les grandes zones économiques ont vu d’un bon œil les effets d’une dévaluation (attractivité renforcée des exportations)…

Ce temps semble désormais révolu, tant le contexte actuel semble davantage inciter à maîtriser les coûts à l’import, notamment pour les pays importateurs nets de matières premières.

 

Sources : WiseAM, BFM Business, Capital, Investing, Le Monde, Zone Bourse, La Tribune, Daily FX, Reuters, Le Figaro, Wikipédia

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