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16/06/2022
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Récapitulatif de la semaine 24

 

QUAND L'INFLATION US MET LE FEU AUX POUDRES

Les tensions inflationnistes ont refait surface avec fracas dans les salles de marché vendredi dernier… pour peu qu’elles les aient réellement quittées dans un passé récent. La publication en fin de semaine dernière du taux d’inflation aux Etats-Unis (CPI du mois de mai), légèrement au-dessus des attentes du consensus, a en effet déclenché une nouvelle salve de tensions sur les principaux indices (exception faite de la Chine). Pourquoi une réaction aussi épidermique à un chiffre finalement proche des anticipations des analystes ? Car la dynamique récente évacue la possibilité que le pic inflationniste soit derrière nous… et renforce donc la perspective d’une accélération plus poussée du durcissement monétaire pour enrayer cette spirale. Si nombre d’observateurs souhaitent ardemment que le pire en termes de flambée des prix soit désormais derrière nous, la donnée CPI de mai a malheureusement traduit tout l’inverse : forte accélération du taux d’inflation total en variation mensuelle (+1.0% vs +0.7% attendu après +0.3% en avril)… soit +8.6% en glissement annuel (vs +8.3% en avril). Se côtoient toujours sur le banc des accusés l’énergie et l’alimentaire… Notons toutefois que l’inflation sous-jacente ne parvient toujours pas à ralentir (stable à +0.6% en variation mensuelle), ce qui tire vers le bas le pouvoir d’achat des ménages… et donc la consommation à venir. Premier problème : le durcissement monétaire en cours est davantage susceptible d’agir sur la déjà challengée demande… alors même que l’inflation se nourrit d’un choc d’offre ! En d’autres termes, il apparaît dans ce contexte que le choc d’offre ne se résorbera qu’après un ralentissement économique. Du côté des classes d’actifs, les marchés obligataires apparaissent comme les plus menacés par ce nouveau paradigme, quand certains segments du marché actions (une fois la phase d’ajustement passée) pourraient selon nous tirer leur épingle du jeu à moyen terme, notamment par la capacité de certains secteurs à croître indépendamment du cycle économique.
 

LA FED SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE

C’est dans ce contexte ô combien particulier que se tenait la très attendue réunion de la Banque centrale américaine. Comme l’anticipaient les analystes après la publication de l’inflation de mai outre-Atlantique, Jerome Powell & consorts ont décidé de relever le taux directeur de 0.75%... une première depuis 1994 ! Comme un témoin supplémentaire de cette course effrénée contre l’inflation dans laquelle l’institution se débat désormais. M. Powell semble pour autant toujours croire que cette course tient davantage du sprint que du marathon, et a donc indiqué que la suite serait rapide (hausse additionnelle du taux de 75bp probable en juillet). Agir vite pour calmer l’inflation, tel semble le nouveau mantra de la Fed, qui affiche toujours en parallèle sa confiance dans la capacité de l’économie à « encaisser » ce choc. Ralentir le rythme du durcissement de la politique monétaire restera désormais conditionné à une rechute de l’inflation… et à une accalmie des tensions salariales. L'attention s'est, comme le veut la coutume, portée sur les commentaires du président Powell, selon lequel il ne s'attend pas à ce que des mouvements comme celui de cette semaine (comprendre hausse de 75bp) deviennent habituels. Entre les lignes, le marché s’est empressé d’interpréter ceci comme une volonté de procéder ensuite à des virages monétaires plus « doux »… A suivre.
 

LA BCE PAS EN RESTE…

Terminons ce diaporama de la semaine très orientée Banque centrale par un passage par Francfort… et les conséquences de l’exercice de communication (qualifié de raté par les observateurs) de la semaine passée… Moins d’une semaine après leur dernière réunion officielle, les banquiers centraux de l’Euroland ont été obligés de se réunir en urgence pour contrecarrer les effets de la réaction du marché à la réunion de jeudi dernier. Alors que la Banque centrale avait affirmé sa volonté de procéder elle aussi à une remontée de ses taux directeurs, la concomitance de la baisse de l’euro qui suivit et de la remontée des taux souverains avait de quoi interpeller. Risque de fragmentation financière ou crainte de ralentissement économique plus marqué ? Par sa communication, Christine Lagarde a contribué à alimenter les craintes des investisseurs quant à la santé économique des pays périphériques (l’écartement du « spread »* Italie-Allemagne en est l’exemple).
Il fallait donc sauver le soldat des taux, et c’est l’exercice périlleux auquel Francfort s’est attelé quelques jours plus tard. A l’occasion de cette réunion exceptionnelle, elle a rappelé sa détermination à lutter contre le risque de fragmentation financière (flexibilité du PEPP) pour les pays les plus fragiles de l’Euroland. Les opérateurs ont semblé cette fois adhérer à ces annonces puisque les taux souverains des pays périphériques se sont ensuite largement détendus (Grèce, Italie, Espagne).

 

*Spread obligataire : il représente l'écart de rendement entre une obligation (comme celle de l’Italie) et une perçue comme sans risque, et donc pris en référence (Allemagne), sur une même durée. En d’autres termes, le coût du financement de l’Italie s’envole en relatif à celui de l’Allemagne lorsque « les spreads s’écartent ».
 

 

Sources : WiseAM, BFM Business, Les Echos, Le Monde
Crédits images : Gettyimages
Achevé de rédiger le 16/06/2022